Venosa : sur les traces d'Horace, entre châteaux et ruines romaines
Venosa, patrie du poète Horace, abrite un château aragonais, un parc archéologique romain et la mystérieuse église inachevée bénédictine.
Foto: D.N.R. (CC BY-SA 3.0) — Wikimedia Commons
Venosa, le berceau d'Horace au cœur de la Basilicate
Nichée sur les collines du Vulture, à 415 mètres d'altitude, Venosa est une de ces petites villes italiennes qui mériteraient la renommée de Matera mais restent heureusement à l'écart du tourisme de masse. C'est ici que naquit le poète Quintus Horatius Flaccus en 65 av. J.-C., et depuis lors l'histoire a continué à s'accumuler couche après couche, des thermes romains aux palais aragonais, sans que personne se soucie trop de la transformer en parc à thème. Venosa est une des villes d'art les moins visitées d'Italie, et pourtant son patrimoine archéologique et architectural soutient la comparaison avec des bourgades bien plus célèbres.
On y arrive à travers un paysage de douces collines couvertes de vignes — celles de l'Aglianico del Vulture, le grand rouge lucain — et l'arrivée est déjà une promesse : la silhouette du château aragonais domine l'horizon avant même d'entrer dans la ville.
Le parc archéologique et l'Inachevée
Le billet d'entrée au parc archéologique coûte quelques euros et vaut une matinée entière. On se promène parmi les restes d'un amphithéâtre romain capable de contenir dix mille spectateurs, des complexes thermaux avec des sols en mosaïque encore lisibles, et des demeures patriciennes qui racontent la richesse de la Venusia romaine, colonie latine fondée en 291 av. J.-C. le long de la via Appia.
Mais le clou du spectacle est l'église de la Santissima Trinità, ou plutôt les églises : la première, paléochrétienne puis normande, est intacte et abrite les tombes de Robert Guiscard et de ses frères — les conquérants normands qui changèrent l'histoire du Mezzogiorno. La seconde église, commencée au XIIe siècle par les moines bénédictins et jamais achevée, est un fantôme de colonnes et d'arcs en tuf qui se profilent contre le ciel. Les habitants de Venosa l'appellent simplement l'Inachevée, et son charme tient précisément à cette absence : pas de toit, pas de fresques, seulement la structure nue qui laisse imaginer ce qu'elle aurait pu devenir. Des colonnes de remploi romaines se mêlent à des arcs ogivaux dans une synthèse architecturale qui n'a pas d'équivalent en Basilicate.
Le château et le centre historique
Le Castello Pirro del Balzo, massif quadrilatère avec des tours cylindriques et des douves aujourd'hui à sec, domine la place centrale du village. Construit en 1470 sur les fondations d'une cathédrale romane, il abrite aujourd'hui le Musée Archéologique National, où sont conservés des objets de la préhistoire à l'époque romaine : céramiques, monnaies, sculptures et un lapidaire qui documente l'importance de l'ancienne Venusia.
Le centre historique se parcourt en une bonne heure, entre des ruelles pavées en lave, des palais avec des armoiries nobiliaires et des portails sculptés, et la cathédrale de Sant'Andrea, sobre à l'extérieur mais avec un intérieur qui réserve des surprises baroques, dont des stucs dorés et des stalles en bois de belle facture. La place Orazio, avec sa fontaine Renaissance, est le cœur de la vie sociale de Venosa : ici, le soir, les anciens se retrouvent pour commenter le monde, comme au temps du poète.
La maison traditionnellement indiquée comme lieu de naissance d'Horace se trouve dans une ruelle discrète ; une plaque et un buste rappellent le poète, mais l'atmosphère est celle d'un coin ordinaire de ville méridionale, sans aucune monumentalisation. C'est précisément là sa beauté : Venosa porte son histoire avec la nonchalance de qui n'a pas besoin de l'exhiber.
Les fontaines, les catacombes et les environs
Venosa est une ville de fontaines : celle de Messer Oto sur la place, Renaissance et ornée de mascarons, et plusieurs autres dispersées dans le village, chacune avec son histoire. Dans les environs méritent une déviation les catacombes juives, creusées dans le tuf le long de la colline de la Madeleine, témoignage d'une communauté florissante à l'époque tardo-antique avec des inscriptions en hébreu, en grec et en latin qui documentent une coexistence rare pour l'époque.
Les vignobles d'Aglianico del Vulture ponctuent les collines environnantes et plusieurs caves — de l'historique Casa Vinicola D'Angelo aux structures plus récentes — accueillent les visiteurs sur réservation pour des dégustations alliant vin, huile et fromages locaux.
Que manger à Venosa
La cuisine de Venosa est celle de la Basilicate dans son expression la plus authentique, faite d'ingrédients simples et de saveurs intenses. Les plats à rechercher sont :
- Strascinati aux poivrons cruschi — pâtes faites main assaisonnées de poivrons secs de Senise frits jusqu'à devenir croustillants, mie de pain grillée et un filet d'huile
- Cutturiddi — agneau cuit lentement avec des légumes sauvages, des pommes de terre et des tomates cerises dans une terrine en terre cuite scellée avec de la pâte à pain
- Acquasale — soupe paysanne de pain rassis, d'œufs, d'oignon et de poivrons, le plat des moissonneurs
- Calzoncelli — petits beignets frits fourrés de crème de pois chiches, de chocolat et de cannelle, typiques de la période de Noël mais disponibles toute l'année
À accompagner rigoureusement d'un Aglianico del Vulture DOC, le grand rouge lucain qui trouve ici ses meilleures expressions grâce aux terrains volcaniques riches en minéraux. En automne, ne manquez pas la récolte des châtaignes dans les bois du Vulture.
Comment arriver et quand aller
Venosa se rejoint en voiture depuis l'A16 Naples-Bari, sortie Candela, puis environ 40 minutes de nationale à travers un paysage vallonné parsemé de masseries qui vaut déjà à lui seul le voyage. Depuis Potenza il y a environ 100 km, depuis Matera 120, depuis Bari moins de deux heures. Il n'existe pas de liaison ferroviaire directe ; les bus SITA relient Venosa à Potenza et Melfi avec une fréquence limitée, surtout les jours de semaine.
Les meilleurs mois sont avril, mai, juin, septembre et octobre : le climat est doux, la lumière parfaite pour explorer le parc archéologique sans la chaleur estivale, et les foules inexistantes. En août Venosa s'anime avec le festival littéraire et musical dédié à Horace, une occasion de vivre le village dans une atmosphère festive sans la cohue des localités côtières. L'hiver est froid mais suggestif, avec la neige qui parfois blanchit les tours du château et le parc archéologique prend un air solennel.
Conseils pratiques
Prévoyez au moins une demi-journée, mieux une journée entière pour ne pas courir. Le parc archéologique et le musée ferment le lundi. Parking gratuit hors les murs. Combinez-la avec Melfi (30 minutes), où le château normand-souabe abrite un musée excellent, pour un week-end complet dans le Vulture. L'hébergement se limite à des B&B et des agritourismes dans les campagnes environnantes, ce qui garantit une expérience authentique mais nécessite une réservation pendant les périodes de fête et les week-ends printaniers.
Infos pratiques
Quelle est la meilleure période pour visiter Venosa ?
La période recommandée est Avril, Mai, Juin, Septembre et Octobre, quand l'affluence est moindre.
Venosa est-elle bondée ?
Venosa est une destination presque déserte par rapport aux sites les plus touristiques.
Où se trouve Venosa ?
Venosa se trouve en Venosa, Basilicate, Italie.