Troia : la plus belle rosace des Pouilles et la porte qui raconte le Moyen Âge
Troia, dans le Tavoliere, abrite la rosace romane la plus raffinée des Pouilles et une porte en bronze de 1119. Un chef-d'œuvre loin des foules.
Foto: Giuseppe Milo (www.pixael.com) (CC BY 4.0) — Flickr
La cathédrale qui enchante et le bourg que le monde ignore
Il existe un paradoxe concernant Troia, petite ville du Tavoliere des Pouilles : elle possède l'un des chefs-d'œuvre absolus du roman européen, et pourtant reste quasi inconnue du tourisme international. Tandis que les masses se déversent sur Alberobello et Polignano a Mare, ici la cathédrale de l'Assunta attend patiemment les rares voyageurs curieux qui s'aventurent dans l'arrière-pays de Foggia. Et elle les récompense d'une émotion qui vaut tout le voyage.
Fondée en 1019 par le catépan byzantin Basilio Bojoannes sur les ruines de l'antique Aecae romaine, Troia fut pendant des siècles une ville de frontière, disputée entre Lombards, Byzantins, Normands et Souabes. Cette position de charnière entre cultures différentes a produit un patrimoine artistique d'une richesse extraordinaire, concentré surtout dans sa cathédrale.
La Cathédrale de l'Assunta : un livre de pierre
La rosace
La rosace de la cathédrale de Troia est une œuvre qui coupe le souffle. Réalisée au XIIe siècle, elle se compose de onze colonnettes radiales qui créent un jeu de pleins et de vides d'une rare élégance. À la différence des rosaces gothiques du nord de l'Europe, celle-ci est un chef-d'œuvre d'équilibre romano-apulien : aucun excès décoratif, juste la perfection géométrique de la pierre ajourée filtrant la lumière du Tavoliere. Chaque colonnette est différente des autres, avec des chapiteaux sculptés de motifs végétaux et de figures fantastiques. Observez-la au coucher du soleil, quand le soleil rasant enflamme la pierre calcaire de tonalités dorées : c'est un moment de pure beauté.
La porte en bronze
L'autre trésor de la cathédrale est la porte en bronze, œuvre d'Oderisio da Benevento, datée de 1119. Divisée en vingt-huit panneaux, elle raconte des histoires sacrées et profanes avec une vivacité narrative surprenante. Dragons, lions, archanges et scènes bibliques alternent dans un répertoire iconographique mêlant influences byzantines, islamiques et nordiques. C'est l'une des portes en bronze romanes les mieux conservées d'Italie, et on peut l'admirer de près, sans barrières ni foule, en effleurant presque du doigt les reliefs millénaires.
L'intérieur
L'intérieur de la cathédrale, à trois nefs divisées par des colonnes à chapiteaux romans, conserve un ambon du XIIe siècle, un crucifix en bois du XIVe siècle et des vestiges de fresques. La crypte, récemment restaurée, offre un espace de recueillement où le silence a un poids presque physique. Dans le Musée Diocésain, aménagé dans les locaux attenants, on peut admirer les Exultet, rouleaux liturgiques enluminés parmi les plus importants du Mezzogiorno médiéval, qui étaient déroulés pendant la liturgie pascale.
Le bourg au-delà de la cathédrale
Ce serait une erreur de limiter la visite à la seule cathédrale. Le centre historique de Troia, rassemblé autour de la place du Dôme, mérite une promenade attentive. L'église de San Basilio, avec sa façade baroque, et l'église de San Francesco, avec un beau portail gothique, complètent un itinéraire sacré de premier ordre.
Les palais nobles le long du cours principal conservent portails et balconnades en fer forgé racontant la prospérité de la ville au XVIIIe siècle. La Porta di Foggia, ancien accès à la ville fortifiée, marque la frontière entre le bourg historique et la campagne du Tavoliere, immense et plate comme une mer verte de blé au printemps.
Promenez-vous dans les ruelles latérales, où les chats dorment sur les seuils et les personnes âgées s'assoient dehors pour bavarder : c'est l'Italie que vous ne trouverez pas sur Instagram, et c'est précisément pour cela la plus vraie.
Traditions et gastronomie
La cuisine de Troia est celle, généreuse, du Tavoliere, terre de blé dur et d'huile d'olive. Le plat à ne pas manquer sont les orecchiette aux brocoli-raves, ici préparées avec un soffritto d'ail, d'anchois et de piment qui donne de la profondeur au plat. En hiver, la pancotto — pain rassis cuit avec des légumes sauvages — est un comfort food avant la lettre.
À goûter aussi :
- Le pain de Troia, cuit au four à bois et bon pendant des jours
- Les fèves et chicorée, plat pauvre élevé au rang d'art
- Le vin Nero di Troia, cépage autochtone donnant des rouges puissants et longévifs, parfaits avec les viandes grillées
- Les taralli au fenouil sauvage, le snack parfait pour l'apéritif
L'événement le plus important est la Fête des Saints Patrons (fin novembre), avec processions, illuminations et étals de douceurs traditionnelles.
Comment y arriver et quand visiter
Troia se trouve à 20 kilomètres de Foggia, accessible en voiture par la SS160 ou depuis l'A14 avec sortie Foggia. Depuis Foggia partent aussi des bus de ligne, mais les courses ne sont pas fréquentes. La gare la plus proche est Foggia, bien desservie par Trenitalia et Italo depuis Rome comme depuis Bari.
La période idéale va de mars à juin et de septembre à novembre : températures agréables, lumière parfaite pour admirer la rosace et la campagne au meilleur de sa forme. L'été est chaud mais les soirées sont ventilées. L'hiver est doux comparé au Nord, mais peut être pluvieux.
Troia se visite confortablement en une demi-journée, mais vaut la peine d'être combinée avec Lucera et Bovino pour un itinéraire complet dans les Monts Dauni. Peu de structures d'hébergement en ville, mais Foggia offre un bon choix d'hôtels à prix contenus.
Infos pratiques
Quelle est la meilleure période pour visiter Troia ?
La période recommandée est Mars, Avril, Mai, Juin, Septembre, Octobre et Novembre, quand l'affluence est moindre.
Troia est-elle bondée ?
Troia est une destination presque déserte par rapport aux sites les plus touristiques.
Où se trouve Troia ?
Troia se trouve en Troia.