Procida, Campanie, Italie

Deux jours à Procida : l'île qui résiste au temps

Un itinéraire lent entre ruelles colorées, belvédères à couper le souffle et saveurs authentiques : Procida se révèle à ceux qui osent s'y attarder deux jours entiers.

Deux jours à Procida : l'île qui résiste au temps

Pourquoi Procida mérite deux jours entiers

Il y a un moment, à l'aube, où les pêcheurs de Procida quittent le port avec leurs bateaux chargés de nasses et le ciel au-dessus de Marina Grande devient une palette d'orange et de rose. À cette heure-là, aucun touriste n'est encore réveillé. Les maisons couleur citron, rouge pompéien et vert mer se reflètent dans l'eau immobile, et l'île respire comme si le monde n'existait pas encore. Voilà pourquoi Procida ne se visite pas en une excursion d'une journée : elle s'habite, même pour quarante-huit heures seulement.

Plus petite que Capri, plus silencieuse qu'Ischia, Procida est restée pendant des décennies la sœur oubliée du golfe de Naples. Pas de funiculaire, pas de grands hôtels avec piscine à débordement, pas de boutiques de luxe sur le front de mer. Ce qu'elle possède en revanche, c'est une densité de beauté authentique que peu d'îles de la Méditerranée peuvent égaler : un village de pêcheurs qui semble sorti d'un roman d'Elsa Morante, un château médiéval perché sur un promontoire volcanique, une réserve naturelle intacte où nichent les faucons pèlerins. Deux jours ne sont pas le minimum syndical : ils sont le temps juste pour comprendre pourquoi cette petite île de quatre kilomètres carrés a été désignée Capitale italienne de la Culture en 2022.

Ceux qui arrivent de Naples en ferry ou en hydroglisseur — la traversée dure entre trente et cinquante minutes — se retrouvent aussitôt projetés dans une autre dimension temporelle. Le port de Marina Grande n'est pas une carte postale préparée pour les touristes, c'est un vrai port, avec le bruit des filets, l'odeur de sel et de gazole, des hommes assis à réparer les barques avec les mêmes gestes que leurs grand-pères. C'est ici que commence le voyage.

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Jour 1 : de l'aube de Marina Grande au coucher de soleil à Corricella

Matin : le port ancien et la montée vers la Terra Murata

Arriver à Procida la veille au soir — ou tôt le premier matin — est le choix judicieux pour profiter de Marina Grande quand elle appartient encore aux insulaires. Le long du quai, les bars ouvrent à six heures et servent le café avec les maritozzi locaux ou les graffe fritte, beignets de pâte levée que l'on appelle simplement ici « les graffe de Procida » et qu'aucune version continentale ne parvient vraiment à imiter. Assieds-toi au comptoir, commande un double espresso, observe.

Le quartier de la Terra Murata s'aperçoit déjà depuis le port : une masse de tuf jaune qui domine l'île depuis les hauteurs, couronnée par les remparts du bourg médiéval. Pour l'atteindre, on peut prendre le minibus — le seul moyen de transport public de l'île, petit et coloré comme une boîte de crayons de couleur — ou monter à pied par la Via Principe Umberto puis emprunter la ruelle escarpée qui mène à la porte d'entrée du vieux bourg. La montée prend vingt minutes à allure normale, mais elle vaut chaque marche.

La Terra Murata est le cœur historique de Procida, le noyau originel autour duquel l'île s'est développée. Ses rues sont si étroites que deux personnes marchant côte à côte se frôlent, et les maisons s'appuient les unes contre les autres comme si elles craignaient de tomber dans la mer en contrebas. L'Abbaye de San Michele Arcangelo, patron de l'île, conserve à l'intérieur une toile de Luca Giordano et un plafond à caissons dorés qui surprend ceux qui s'attendaient à la modestie. L'entrée est gratuite ou presque, et l'atmosphère est celle d'un lieu de culte encore vivant, non muséifié.

Le Palazzo d'Avalos mérite une halte même si l'on n'y entre pas : la façade sévère de cet ancien palais noble, transformé en prison au XVIIIe siècle et resté tel pendant deux cents ans, raconte à elle seule l'histoire complexe de Procida, une île qui a connu la gloire et l'abandon à parts égales. Aujourd'hui, le palazzo fait l'objet d'un lent projet de restauration, et l'on peut accéder à certains espaces pour des expositions temporaires ou des visites guidées. Mais c'est depuis le belvédère voisin, tourné vers la mer ouverte du golfe de Naples, que Procida révèle son échelle : petite, solitaire, magnifique. Ischia apparaît au nord, le Vésuve fumerait à l'est si le ciel était suffisamment dégagé, et en contrebas on aperçoit déjà Corricella, le village de pêcheurs aux couleurs impossibles, qui attend l'après-midi.

Après-midi : Corricella et la plage de Chiaia

Descendre à Corricella prend moins de dix minutes à pied depuis la Terra Murata, en suivant les marches qui serpentent entre les maisons jusqu'à la Marina di Corricella. Prépare-toi à t'arrêter souvent : chaque angle est une photographie, chaque percée un tableau. Les maisons peintes en jaune canari, orange brûlé, rose bonbon et vert pastel s'accumulent sur le flanc de la colline comme un décor de théâtre, les balcons débordent de fleurs et de linge étendu, les barques colorées se balancent dans le petit port comme des jouets oubliés par un enfant géant.

Corricella est le village de pêcheurs le plus photographié de la Méditerranée méridionale, et pourtant il conserve une vie authentique : des familles de pêcheurs y habitent encore, les barques y sont encore réparées, les enfants jouent encore sur le môle comme le faisaient leurs grand-parents. L'équilibre entre authenticité et tourisme est délicat et fragile, et c'est l'une des raisons pour lesquelles il est important de traiter cet endroit avec respect plutôt que d'en faire un décor à selfies.

Le déjeuner à Corricella est presque une obligation morale. Les restaurants au bord de l'eau — ils sont peu nombreux, tous sans chichis — servent le poisson du jour, les pâtes aux palourdes, la soupe de moules, l'insalata di limoni. Ce dernier est un plat typiquement procidain qui n'existe nulle part ailleurs : des tranches de citron (pas des quartiers, de vraies tranches entières avec la peau) assaisonnées d'huile, de sel, de poivre, d'origan et parfois d'olives. Le citron de Procida est doux, presque sans amertume, et cette salade est l'une de ces préparations apparemment simples qui renferment tout le caractère d'un lieu.

Dans l'après-midi, après une promenade digestive le long du petit port, on peut rejoindre la Plage de Chiaia, la plus belle de l'île. Elle n'est pas immense, mais elle est encadrée par des parois de tuf jaune qui la protègent du vent, et l'eau est cristalline avec des nuances allant du vert émeraude au bleu profond. Pour y accéder, il faut descendre un long escalier — environ deux cents marches — ce qui décourage les moins motivés et garantit une tranquillité relative même en été. Apporte tout le nécessaire : le bar sur la plage est petit et les prix sont accessibles, mais n'attends pas des services de station balnéaire.

L'après-midi à la plage de Chiaia est l'un de ces moments où l'on comprend pourquoi Procida ne se fait pas en une journée : il faut du temps pour atteindre certains endroits, du temps pour les savourer, du temps pour revenir. Et ce rythme lent est exactement ce que l'île exige.

Soir : apéritif à Corricella et dîner au village

Le coucher de soleil à Corricella, vu depuis le haut du belvédère de la Terra Murata ou directement depuis le môle du petit port, est un spectacle que l'on n'oublie pas. Le soleil descend vers la mer en direction du nord-ouest, et les façades des maisons changent de couleur avec la lumière, passant de l'or à l'orange puis au rouge sombre. Pour l'apéritif, reviens au front de mer de Corricella et choisis l'une des tables sur le môle : un verre de Falanghina ou de Biancolella — les vins locaux, frais et minéraux comme devraient l'être les vins d'une île volcanique — accompagné de taralli et d'olives, c'est tout ce qu'il faut pour clore magnifiquement la première journée.

Pour le dîner, le conseil est de s'éloigner des restaurants en façade maritime — plus chers et plus touristiques — et de chercher les trattorias à l'intérieur des terres, dans les rues autour de la Via Roma ou dans le quartier Santissima, là où les procidani mangent vraiment. Ici on trouve le coniglio alla procidana, le plat emblématique de l'île : lapin élevé à la maison, cuit en cocotte avec de la tomate, des olives, des câpres, du vin blanc et une généreuse main d'herbes aromatiques qui transforme un animal modeste en quelque chose d'extraordinaire. Et puis la lingua di bue al ragù — un autre plat qui demande des heures et de la patience, des qualités que Procida possède en abondance.

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Jour 2 : Vivara, Chiaiolella et la balade en bateau

Matin : la réserve naturelle de Vivara

La deuxième journée commence par une excursion que beaucoup de visiteurs — même ceux qui reviennent chaque année — ne font jamais : la réserve naturelle de Vivara. Vivara est un petit îlot relié à Procida par un pont étroit, un ancien cratère volcanique à moitié submergé par la mer, recouvert d'une dense garrigue méditerranéenne habitée par des sangliers sauvages, des faucons pèlerins et une multitude d'oiseaux migrateurs qui en font l'un des sites ornithologiques les plus importants du Sud de l'Italie.

L'accès à Vivara est réglementé : il faut réserver à l'avance (généralement auprès de la Pro Loco de Procida ou des associations environnementales qui gèrent la réserve), les groupes sont petits, et le guide est obligatoire. Ces contraintes, qui peuvent sembler gênantes, sont précisément la raison pour laquelle Vivara existe encore sous sa forme intacte. Le sentier principal traverse la garrigue haute jusqu'au point le plus élevé de l'îlot, d'où l'on voit simultanément le golfe de Naples, Ischia, Capri et la côte campanienne jusqu'à Punta Campanella. C'est l'un de ces panoramas qui coupent le souffle non par une spectacularité construite, mais par la simplicité avec laquelle la nature a disposé les choses.

La visite dure environ deux heures, et au retour il est déjà milieu de matinée — parfait pour rejoindre Chiaiolella.

Après-midi : Chiaiolella et la balade en bateau

Chiaiolella est la deuxième marina de l'île, côté ouest, avec un caractère différent de Marina Grande : plus tranquille, plus résidentielle, avec une longue promenade bordée d'arbres et une plage aménagée qui, en été, devient le point de rassemblement des jeunes procidani. La Spiaggia del Postino — ainsi nommée parce que certaines scènes du film "Il Postino" avec Massimo Troisi y ont été tournées en 1994 — est l'une des plages les plus belles et les moins fréquentées de l'île, abritée par le promontoire du Solchiaro.

Le film de Michael Radford, tourné presque entièrement à Procida quelques mois avant la mort de Troisi, a laissé sur l'île une empreinte émotionnelle que l'on perçoit encore aujourd'hui. Non comme une attraction touristique fabriquée, mais comme mémoire collective : les procidani parlent encore de Massimo avec affection et une pointe de mélancolie, et le lien entre l'île et cette histoire d'amour entre un facteur maladroit et la poésie fait partie de l'identité locale.

L'après-midi est le meilleur moment pour faire le tour de l'île en bateau. Plusieurs coopératives de pêcheurs et petits opérateurs locaux proposent des excursions de deux à trois heures qui circumnaviguent Procida et Vivara, s'arrêtant pour faire de la plongée en apnée dans des criques inaccessibles par voie terrestre et passant sous les falaises de tuf de la Terra Murata vues depuis la mer. La perspective inversée — l'île vue d'en bas plutôt que d'en haut — est une autre révélation : on comprend la structure géologique du lieu, on aperçoit les grottes marines, on entrevoit les fonds peu profonds et limpides qui rendent cette portion de mer si propice à la baignade.

Le prix de ces excursions est généralement très raisonnable, surtout si l'on s'organise avec d'autres voyageurs pour remplir le bateau. Renseigne-toi au port de Chiaiolella ou à Marina Grande le matin du deuxième jour.

Soir : adieu à Corricella

La dernière soirée à Procida se clôt là où tout a commencé : à Corricella. Mais le soir, avec les lumières qui éclairent les façades colorées et la marina qui reflète les lanternes dans l'eau immobile, le village est encore plus beau. Il y a quelque chose de mélancolique dans cet endroit la nuit, une beauté qui semble presque consciente de sa propre fragilité.

Le dernier dîner à Procida est l'occasion de goûter ce qu'on n'a pas encore mangé : les pâtes aux pommes de terre avec de la provola fumée, le calmar farci, la pastiera — le gâteau de Pâques napolitain qu'ici on prépare toute l'année — avec sa garniture de ricotta, de blé cuit et de fleur d'oranger. Et puis, si l'on est chanceux, la lingua di bue : bœuf roulé et braisé lentement pendant des heures, mangé en silence, avec respect.

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Informations pratiques

Quand y aller

Les meilleurs mois pour visiter Procida sont avril, mai, juin, septembre et octobre. Durant ces périodes, le climat est doux, la mer est déjà ou encore baignable, et l'île est moins fréquentée que pendant les mois de juillet et août. Le printemps est particulièrement beau grâce à la floraison des citronniers — le parfum que l'on respire en se promenant dans les ruelles est quelque chose qui reste en mémoire. L'automne offre une lumière dorée, des prix plus bas et une douceur de l'air que l'été ne sait pas donner.

Juillet et août sont vivables mais plus fréquentés : les ferries sont bondés, certaines plages se remplissent, et les prix augmentent. Cela dit, Procida n'atteindra jamais les niveaux de surfréquentation de Capri ou de Positano : elle est trop petite, trop dépourvue d'infrastructures touristiques de masse, trop elle-même pour se plier à ce type de tourisme.

L'hiver — de novembre à mars — est pour les curieux et les romantiques : l'île est presque déserte, de nombreux restaurants ferment, mais ceux qui restent ouverts servent les plats les plus authentiques à des prix locaux. La mer en hiver possède une lumière grise et argentée que les peintres adorent.

Comment se déplacer

Procida est si petite que les pieds sont le principal moyen de transport. D'un bout à l'autre de l'île, il faut moins de quarante minutes à pied. Le minibus (Ligne 1 et Ligne 2) relie Marina Grande à la Terra Murata, Chiaiolella et les principales plages — billets à bord, coût minime. Les scooters et les vélos se louent près du port et sont une option agréable pour explorer les routes secondaires. Les voitures particulières ne sont pas amenées sur l'île : c'est l'une des rares îles du Golfe qui a résisté à l'invasion des automobiles, et le bénéfice se voit dans chaque ruelle piétonne.

Où manger et où dormir

Au-delà des plats déjà mentionnés — insalata di limoni, coniglio alla procidana, lingua di bue, graffe — Procida offre une excellente cuisine de mer sans fioritures : frittura di paranza, spaghetti aux palourdes, soupe de moules. Évite les restaurants avec les menus photo plastifiés à l'extérieur (règle valable partout, mais ici encore plus) et cherche ceux où le menu est écrit à la main sur un tableau noir.

Pour les conseils d'hébergement — des petits B&B dans les ruelles de la Terra Murata aux maisons de vacances avec vue sur Corricella — consulte notre guide complet : dove dormire a Procida. La réservation à l'avance est conseillée de mai à septembre, indispensable en août.

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Au-delà de deux jours : extensions possibles

Ceux qui ont la chance de rester plus de deux jours découvrent que Procida cache encore quelque chose. Une troisième journée permet d'explorer les routes moins fréquentées de l'arrière-pays — Via Flavio Gioia, Via Cimitero, les ruelles autour de l'église de la Madonna delle Grazie — où la vie quotidienne des procidani se déroule sans aucune médiation touristique. On peut visiter les jardins privés qui produisent les citrons de l'île, acheter des confitures, du limoncello et des conserves directement chez les producteurs.

Depuis Procida, des excursions d'une journée à Ischia s'organisent facilement — vingt-cinq minutes en hydroglisseur — pour voir les jardins La Mortella, le château aragonais ou les thermes. Ou bien, pour les amateurs d'histoire, une excursion à Cumes sur le continent, siège de la Sibylle de Cumes et l'un des sites archéologiques grecs les plus anciens d'Italie. Et bien sûr Naples, à trente minutes de ferry, avec ses musées, sa pizza, sa ville souterraine gréco-romaine et son Musée archéologique national : une journée entière ne suffit pas, mais c'est un excellent complément à ces journées de vie insulaire au ralenti.

Pour en savoir plus sur la cuisine locale, consultez notre guide où manger à Procida.

Pour savoir comment rejoindre la ville, consultez notre guide comment arriver à Procida.

Infos pratiques

Quelle est la meilleure période pour visiter Deux jours à Procida ?

La période recommandée est Avril, Mai, Juin, Septembre et Octobre, quand l'affluence est moindre.

Deux jours à Procida est-elle bondée ?

Deux jours à Procida est une destination très tranquille par rapport aux sites les plus touristiques.

Où se trouve Deux jours à Procida ?

Deux jours à Procida se trouve en Procida, Campanie, Italie.

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